Au départ, avec Elisabeth, nous avons fait le tour des ONG pour voir là où nous pouvions apporter notre aide surtout sur le plan
médical (étant médecin et Elisabeth ayant déjà travaillé dans le milieu, côté imagerie médicale).
C'est ainsi qu'une ONG qui s’occupe des droits juridiques des « intouchables », nous a indiqué qu’une communauté de 250
personnes venait de recevoir (pour un temps déterminé, non précisé) un building désafecté (par la municipalité).
Nous sommes donc allées sur place voir les besoins.

Le constat le plus alarmant était une dénutrition importante et une carence calcique majeure chez les enfants.
En effet, cette communauté vit de mendicité aux carrefours, et l’essentiel de la nourriture consiste en chapatis (galettes de farine),
riz et dal (soupe de lentilles). Et cet apport est bien sûr irrégulier et insuffisant…
C’est ainsi que nous avons trouvé des bébés pesant 1kg500 à un mois, un enfant de 2 ans pesant 5kg et ne se tenant même pas assis, des
jeunes enfants avec des jambes arquées (rachitisme) …
Devant cet état de fait, nous avons commencé à y aller toutes les 2, une matinée par semaine, pour y faire des soins.
Nous avons vite vu que c'était insuffisant et avons alors motivé tout un groupe de femmes pour venir nous aider et permettre ainsi que
chaque matin il y ait une équipe.
Ainsi depuis septembre 2010, des actes concrets ont été faits :
Tous les matins, un groupe de 5 femmes, va à Motiakhan (secteur concerné) et sert :
-du lait aux enfants,
-des bouillies de céréales très nutritives dès l’âge de 6mois,
- du lait nourrisson dès que la maman n’a plus de lait pour allaiter son bébé
-des compléments vitaminiques, du calcium ...
Par ailleurs, chaque groupe a une « trousse médicale », contenant le nécessaire aux soins locaux (plaies, brûlures,
infections cutanées), des vitamines, des médicaments contre la diarrhée, des sachets de sels de réhydratation, des antalgiques simples (paracétamol)…
Nous portons des masques car plusieurs cas de tuberculose ont été diagnostiqués (et beaucoup ne le sont pas encore !)
Au niveau médical, voici quelques uns des nombreux cas rencontrés :
-Mamarani, fillette de 6ans qui a été sauvagement violée par 2
hommes, a passé 12j à l’hôpital puis nous l’avons vu à Motiakhan. Après l’avoir soignée localement pendant plusieurs jours, nous avons constaté une fistule recto-vaginale (elle faisait ses
matières fécales via le vagin) et avons organisé son hospitalisation et son opération. Tout s’est bien passé, sauf qu’en bilan pré-opératoire il a été découvert une sévère tuberculose pulmonaire.
Nous essayons de convaincre les parents de bien continuer le traitement ...
-Jeune femme, d'environ 17 ans, qui a accouché sur
place et n’avait pas évacué tout le placenta. Fièvre et douleurs majeures, mais il a fallu vraiment une forte pression de notre part pour qu’elle aille à l’hôpital !
-Femme de 27 ans, ayant déjà 4 enfants et enceinte de jumeaux (6ème mois) avec plaie à la jambe, qui
évoluait depuis plusieurs jours.

-Nous avons aussi vécu en direct joie et drame, comme cette maman qui venait d’accoucher (le groupe est arrivé quand le bébé avait
4h), mais l’enfant était très prématuré et est décédé 2j plus tard.
Il faut comprendre qu’ici ils ne vont pas à l’hôpital car ils doivent
attendre des heures sur place et souvent ressortent immédiatement avec une prescription qu’ils ne peuvent payer. Certaines ONG aident à payer mais c’est encore des démarches longues qu’ils ne
font pas.
-Homme
avec plaie à la main : des soins quotidiens par les différentes équipes ont permis la cicatrisation complète.
-Myriam : gangrène de l’extrémité de son doigt après section accidentelle d’une phalange. J'ai coupé les parties nécrosées et après plusieurs
semaines de soins, l’état du doigt est revenu à la normale. cette femme était d'un courage exemplaire lors de cette "mini-intervention".
-Nizzamudin, l’enfant de 2 ans, qui ne tenait pas assis, a bien progressé et est sur le
point de marcher

Notre autre problème sur place est l’hygiène. Il y a des ordures et des matières fécales partout (dans les pièces, les escaliers
…).
L’hiver, ils grelottent de froid et l’été les mouches et la chaleur exacerbent des odeurs insupportables par moment.
Ils ont bien sûr des poux et certains sont couverts de gale.
Depuis quelques mois, une autre ONG leur apporte un repas le soir donc leurs conditions s’améliorent doucement mais il y a encore tant
à faire …
Voilà l’état des lieux de cet endroit, mais les 28 bénévoles continuent à y aller malgré les difficultés car rien n’est plus beau que
le sourire de ces enfants quand on arrive, et la satisfaction de voir des douleurs ou des plaies s’arranger à force de soins.